Ce cinquième épisode est spécial à bien des égards. J’ai fait le choix d’évoquer un sujet qui m’est cher, celui de l’endométriose. Et pour parler de ça, je ne suis pas seule. Dans le cadre du podcasthon j’interviewe Yasmine Candau, présidente de l’association Endofrance. Elle partage avec nous son expertise sur le sujet et son engagement auprès d’Endofrance. Elle nous parle de cette maladie encore mal diagnostiquée et des missions remplies par l’association qu’elle préside : soutenir, informer et agir. Nous abordons ensemble des questions cruciales comme l’état d’avancement de la recherche sur le sujet, la formation des médecins et l’implication des politiques. Nous parlons également de l’importance du soutien des proches et des moyens de soulager les symptômes de la maladie.
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L’endométriose : une maladie qui touche 10% des femmes
L’endométriose est une maladie gynécologique, souvent difficile à diagnostiquer. Si la maladie a un point de départ gynécologique, car rythmée par les règles, on dit désormais que c’est une maladie systémique, car elle impacte plusieurs organes et en altère le bon fonctionnement. Elle affecte, au départ, l’endomètre, la muqueuse qui se développe cycliquement dans l’utérus pour accueillir un ovule. Cette muqueuse est évacuée lors des règles s’il n’y a pas eu fécondation. Dans le cas de l’endométriose, la croissance de l’endomètre est anarchique. Ce dernier peut alors se développer en dehors de l’utérus et peut coloniser d’autres organes comme les ovaires, la vessie ou le tube digestif. Une maladie invalidante qui peut provoquer de vives douleurs et d’importants gonflements au niveau du ventre. C’est notamment pour que la pénibilité des symptômes de cette pathologie soit reconnue qu’Endofrance agit. Un combat qui se poursuit puisqu’on parle aujourd’hui de l’endométriose dans les allées de l’hémicycle de l’assemblée nationale.
Vous voulez en savoir plus sur l’endométriose, l’association Endofrance et les moyens de lutter contre la maladie ? Enfilez vos écouteurs, cet épisode est celui qu’il vous faut.
Endométriose, association Endofrance – transcription
Laura : Bonjour à toutes et à tous et bonjour Yasmine Candau. Je suis très heureuse d’être avec vous aujourd’hui, de vous recevoir dans le podcast Mange VIE Aime. On se retrouve dans cet épisode pour parler d’une thématique importante qui a été mise au rang de sujet de santé publique depuis 2022, grâce à des échanges et des travaux collaboratifs entre endofrance, l’association dont vous êtes présidente Yasmine, et le gouvernement. Aujourd’hui on va parler d’endométriose, c’est un sujet qui nous concerne un peu tous et toutes puisque c’est une maladie gynécologique* inflammatoire qui touche en moyenne 10 % des femmes. J’en suis atteinte, vous en êtes atteinte et on a sûrement toutes et tous une personne dans notre entourage, une femme atteinte d’endométriose. Donc pour commencer Yasmine pourriez-vous vous présenter à ceux qui ne vous connaissent pas et nous expliquer en détail ce qu’est l’endométriose.
Yasmine Candau : Je suis donc Yasmine Candau, je préside l’association endofrance depuis 12 ans maintenant, c’est une association qui existe depuis 23 ans. Je suis moi-même atteinte d’endométriose, j’ai mis 7 ans avant d’obtenir le diagnostic et ça a été un parcours assez chaotique qui explique pourquoi je me suis engagée dans l’association. L’endométriose, de quoi parle-t-on ? C’est une maladie gynécologique* qui peut devenir chronique et qui a un impact qui peut être très invalidant sur le quotidien. Pour vous donner quelques chiffres déjà c’est une pathologie qui concerne une personne menstruée sur 10. Dans 70 % des cas il y a des douleurs invalidantes chroniques qui empêchent d’agir dans le quotidien. On sait aussi que 40 % des cas d’infertilité sont dus à l’endométriose et qu’il faut en moyenne 7 ans pour poser le diagnostic. Je suis persuadée que les choses vont évoluer dans un futur plus ou moins proche et à ce jour, malheureusement, on ne sait pas guérir l’endométriose. C’est une maladie au long cours, une maladie que l’on peut avoir toute la vie et il faut trouver des solutions pour essayer de vivre mieux avec elle. Alors qu’est-ce que c’est que l’endométriose ? Ça tire son nom de l’endomètre, l’endomètre c’est la muqueuse qui tapisse la cavité utérine et qui va gonfler pendant le cycle pour accueillir un embryon. S’il n’y a pas de fécondation cette muqueuse ne sert à rien, elle va donc se détacher, saigner, c’est ce qui va former les règles. On parle d’endométriose quand on retrouve ailleurs que dans cette cavité utérine des lésions semblables à cet endomètre, qui vont se greffer sur les organes qui sont autour, dans la zone pelvienne, autour de l’utérus, les trompes, les ovaires, le vagin, les intestins, le rectum. Ça peut même remonter au niveau du diaphragme. La particularité des cellules qui sont greffées sur les organes, c’est que chaque mois au moment des règles, elles vont entendre le message hormonal et vont se mettre à saigner et cycle après cycle c’est ce qui va former des kystes, des nodules, des lésions, des adhérences et des lésions sur les organes qui vont coller les organes entre eux. Des micros hémorragies mensuelles qui vont vraiment entraîner de l’inflammation.
*Aujourd’hui, les recherches ont avancé et on parle désormais de maladie systémique, car elle touche plusieurs organes et en affecte le bon fonctionnement.
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Tout ça peut faire mal puisque il y a quand même des cas d’endométriose qui se développent sans douleur. C’est ça qui génère l’endométriose et toutes les complications que l’on peut avoir en fonction des formes de la maladie parce qu’il y a plusieurs formes de la maladie. Il y a une endométriose que l’on va appeler superficielle ou péritonéale, c’est quand les lésions d’endométriose se greffent sur le péritoine, le péritoine étant la membrane qui entoure nos organes dans le ventre. Il y a l’endométriose profonde, donc là on passe sous le péritoine et les lésions commencent à infiltrer les organes. Et généralement on parle d’endométriose profonde quand les organes sont infiltrés de plus de 5 mm. Ça veut dire qu’une lésion, par exemple, va rentrer dans la vessie, va rentrer dans le tissu du rectum et tout ça c’est de l’endométriose profonde. Et puis il y a l’endométriome, c’est le kyste d’endométriose situé sur les ovaires. On peut l’avoir sur un seul ou sur les deux et il y a une forme un peu particulière qui s’appelle l’adénomyose. C’est quand l’endométriose va vraiment rester coincée, pour schématiser, à l’intérieur du muscle de l’utérus, vraiment à l’intérieur du muscle lui-même.
Laura : Est-ce que c’est une bonne façon de définir l’adénomyose comme étant de l’endométriose interne ?
Yasmine Candau : Oui c’est effectivement comme ça qu’on définit usuellement l’adénomyose : endométriose interne à l’utérus et on peut bien sûr cumuler. C’est-à-dire avoir de l’adénomyose et d’autres lésions d’endométriose ou alors avoir l’adénomyose seule.
Endométriose : présentation de l’association endofrance
Laura : Donc on voit que c’est vraiment une maladie très complexe, donc merci pour ces points de vocabulaire parce que quand on rentre dans le parcours de soins de l’endométriose tous ces termes deviennent du quotidien, donc c’est bien de savoir de quoi on parle. C’est une maladie complexe à définir, complexe à comprendre, complexe à diagnostiquer, on l’a dit, avec parfois 7 ans, 10 ans. C’est du coup assez difficile et au final tout ça fait que c’est complexe à appréhender et à parfois accepter. L’épisode du jour, il est réalisé dans le cadre d’un événement caritatif qui s’appelle le Podcasthon et qui rassemble des podcasteurs et des podcasteuses qui tendent le micro à des personnes engagées dans des associations. Dans votre cas vous représentez l’association endofrance et donc je vous tends le micro pour que vous nous présentiez justement endofrance, son histoire, ses pôles, ses missions et quel est vous votre parcours, votre histoire en lien avec cette association.
Yasmine Candau : Comme je le disais tout à l’heure, endofrance a été créée en 2001, donc je n’en suis pas du tout à l’origine. À l’époque, il faut savoir qu’on ne parlait pas du tout d’endométriose. Ce sont trois jeunes femmes qui se sont retrouvées comme ça, je crois qu’elles s’étaient même contactées à travers des forums qui existaient au Québec je crois et elles ont décidé en France de faire quelque chose parce qu’on ne parlait pas d’endométriose. Elles se sont retrouvées elles ont créé endofrance et de trois personnes, aujourd’hui on est 120 bénévoles à gérer l’association, on a fait un beau parcours. Mais alors effectivement moi j’ai rencontré endofrance en 2006 à l’époque où mon endométriose commençait vraiment à prendre de la place dans mon quotidien. Ça devenait compliqué, les médecins, les interlocuteurs que j’avais ne savaient pas forcément comment gérer le problème. J’étais un peu perdue et un jour j’ai tapé endométriose sur internet et je suis tombée sur endofrance. J’ai participé à ce qu’on appelle une rencontre amicale, donc un petit groupe de parole entre femmes atteintes avec une bénévole régionale et j’ai eu beaucoup de soutien, j’ai eu des réponses à mes questions. Le partage de nos aventures communes en quelques sortes m’a fait énormément de bien et quelques temps après je me suis dit, mais moi aussi je veux redonner ce que j’ai reçu. J’ai reçu tellement de choses que je me suis dit, à mon tour je veux m’impliquer. Je suis d’abord devenue bénévole régionale en Normandie parce que j’habite en Normandie. J’ai organisé des actions, j’ai répondu à des femmes qui nous écrivaient et puis j’ai mené plusieurs actions, conférences etc. et puis j’ai décidé en 2012 de me présenter pour devenir présidente de l’association. J’ai été élue, ça fait 12 ans maintenant.
Endométriose, association endofrance : soutien et information
Laura : C’est un beau parcours, c’est une longue histoire, comme avec les diagnostics, tout est long, mais finalement il y a beaucoup de choses qui évoluent. L’endométriose c’est une maladie en plus évolutive, complexe et on a aujourd’hui, vous l’avez dit, pas de traitement, en tout cas à ce jour, pour cette maladie. Endofrance c’est trois missions : c’est soutenir, informer et agir. Aujourd’hui on va détailler ces trois piliers, les types d’actions que vous avez à endofrance. Est-ce que vous pourriez Yasmine nous expliquer pourquoi se sentir soutenue, quand on est atteinte d’endométriose puis au cours de notre vie, c’est si important et comment endofrance aborde ce pilier justement du soutien et quel est son angle d’attaque ?
Yasmine Candau : C’est vrai qu’il y a une particularité peut-être dans l’endométriose c’est que c’est une maladie qui va nous isoler. Pourquoi ? Parce que c’est une maladie invisible, c’est une maladie qu’on ne comprend pas déjà soi quand on en est atteinte, l’entourage encore moins. C’est très abstrait et puis on se rend compte que le corps médical lui-même ne comprend pas cette maladie. Aujourd’hui par exemple on ne sait pas dire quelles sont les causes de l’endométriose. La communauté scientifique dans son ensemble ne sait pas statuer là-dessus. Ce qui fait que ça rend la prise en charge plus complexe. Mais voilà, on se sent seule quand on a de l’endométriose et en fait il y a toute une communauté, c’est ce que j’ai trouvé dans endofrance. C’est cette communauté de femmes qui souhaitait partager, qui apporte vraiment un soulagement dans le quotidien en se disant « mais oui je ne suis pas seule, certaines vivent la même chose que moi ou des choses similaires ». Ensemble on va se soutenir, on va s’entraider. C’est comme ça, petit à petit, qu’endofrance s’est développée puisque quand j’ai pris la présidence nous étions 15 bénévoles, aujourd’hui nous sommes 120, nous avions 260 adhérents, aujourd’hui nous sommes plus de 3000 adhérents. Donc vraiment, on se rend bien compte qu’il y a ce besoin d’action et on le perçoit encore plus à travers les mails que l’on reçoit. Depuis 2020-2021, le nombre de mails que l’on reçoit chaque année est monstrueux. C’est entre 30 000 et 40 000 mails, c’est énorme. D’abord parce qu’on est bénévole et qu’on fait ça le soir après le boulot, qu’on a aussi notre vie personnelle et surtout notre vie avec la maladie. Donc être bénévole chez endofrance c’est un engagement avec les tripes, réellement, parce que la majorité des bénévoles chez endofrance sont atteintes dans des formes relativement sévères et on a tellement souffert et galéré qu’on ne veut surtout pas que les jeunes filles d’aujourd’hui et de demain vivent cela. Donc on s’est dit : ce qu’on peut apporter c’est ce qu’on a reçu, c’est donc le soutien et c’est aussi comme ça que l’association a évolué. Quand elle a été créée, l’endométriose n’était pas du tout connue, n’était pas du tout médiatisée et notre slogan c’était sortons la maladie de l’ombre. Après quelques années, force était de constater que la maladie était sortie de l’ombre, on reviendra peut-être dessus plus tard. Du coup on a changé notre slogan, on a évolué vers soutenir informer agir. Le soutien c’est vraiment le pilier de base de l’association et c’est le travail des bénévoles et notamment des bénévoles du terrain. Celles qui sont en contact avec les patientes, celles qui sont en contact avec l’entourage et qui répondent à ces 30 000 mails que l’on reçoit. Comment se traduit ce soutien ? Il y a déjà ces mails importants auxquels nous répondons et puis il y a les actions que nous organisons. Chaque année on organise plusieurs centaines d’actions. En 2023 c’était presque 700 partout en France, que ce soit en présentiel ou en visio, pour justement offrir plus de proximité à celles et ceux qui en ont besoin. Le soutien il passe à travers ces actions, à travers ces mails. L’information, elle, passe au travers des conférences médicales que l’on peut organiser, des tables rondes que l’on propose avec des professionnels de santé et puis elle passe aussi à travers nos actions de sensibilisation avec deux pans particuliers : vers les plus jeunes, on intervient en collège et lycée et puis vers les entreprises. Le monde du travail aujourd’hui a besoin d’être sensibilisé sur l’impact que l’endométriose peut avoir sur le quotidien professionnel et sur ce qu’on peut mettre en place pour aider les personnes qui en sont atteintes. L’information, c’est aussi à travers nos deux ouvrages.
Nous avons publié Idées reçues sur l’endométriose dont la 3è édition va paraître le 18 avril. C’est un livre qui est co-rédigé avec des médecins et qui parle vraiment des principales idées reçues que le grand public peut avoir sur la maladie. Et puis le deuxième, est justement tourner vers les jeunes : L’endométriose de Clara pour comprendre la maladie pour les 15 25 ans parce que finalement non on n’est pas trop jeune pour avoir de l’endométriose même si toutes les douleurs de règles ne sont pas dues à l’endométriose et ça il faut continuer à le dire, mais très souvent à l’adolescence c’est là que les premiers signes de la maladie arrivent.
Il faut savoir détecter les signaux d’alerte pour ne pas considérer qu’une douleur qui empêche d’agir dans le quotidien, une douleur qui conduit à l’absentéisme scolaire et plus tard professionnel soit normale. Il faut vraiment sortir de : « la douleur c’est dans votre tête, la douleur est normale » ça on n’en peut plus. Voilà un petit peu comment nos actions de soutien et d’information se mènent.
Laura : On voit que finalement l’information est une forme de soutien puisqu’avoir l’information c’est avoir aussi une sorte d’autonomie face à sa propre maladie, comprendre aussi son corps, comprendre comment il fonctionne et peut évoluer la maladie. C’est une maladie inflammatoire, mais aussi qui fonctionne par crises, j’ai des amies qui ont après moi appris qu’elles avaient une endométriose, elles étaient persuadées qu’elles allaient être dans la douleur tout le temps, de manière linéaire et sans interruption, alors qu’on voit que finalement c’est aussi assez cyclique et en même temps par crise inflammatoire selon différents éléments déclencheur, que ce soit parfois le stress ou l’alimentation. En terme de soutien donc on a l’entourage, les professionnels, l’information, mais on peut aussi peut-être, j’imagine, se baser sur du soutien de médecines alternatives, des médecines douces pour aussi arriver à gérer ce quotidien qui est difficile et qui tourne autour de la notion de douleur. Dans mon cas, quand on m’a diagnostiqué l’endométriose, c’est arrivé dans un contexte où je ne suspectais pas du tout d’avoir une endométriose. J’avais plutôt des problèmes très importants au niveau de la sphère digestive avec une grosse période de crise de plusieurs mois d’hémorragie digestive. J’ai vu plusieurs gastro-entérologues et il n’y avait aucune explication après les différents examens et coloscopies. Il n’y avait pas de rectocolite hémorragique, il n’y avait pas de maladie de crohn. Au bout d’un moment, quand j’ai fait ma visite gynécologique, ils m’ont fait passer une IRM pelvienne pour finalement voir que j’avais de l’endométriose profonde. Finalement, c’est dans la sphère du digestif que j’ai voulu agir et donc mon soutien je l’ai pris pour gérer mes douleurs qui étaient beaucoup plus liées au digestif qu’aux règles ou ce genre de douleurs là. J’ai trouvé mon soutien dans l’alimentation, donc on peut trouver aussi du soutien dans par exemple la gestion du stress, des émotions, parce que quand on est soumis à ce genre de douleur et de d’émotions, il faut aussi aller jouer sur la sphère du mental. Mon projet c’est Madame Shiitake, donc à la suite de tout ça, de toute cette investigation, j’ai essayé de partager mon parcours vis-à-vis de ça et je partage ma méthode bien dans l’assiette bien dans la tête. Quel est vous votre moyen de vous soutenir dans votre quotidien, votre boîte à outil elle est composée de quoi pour gérer la douleur par exemple ?
Pour en savoir plus sur l’inflammation intestinale, consultez cet article.
Yasmine Candau : Déjà je vais revenir un petit peu sur ce que vous avez dit. Effectivement aujourd’hui la prise en charge de l’endométriose ça n’est pas qu’un seul pan, ça n’est pas seulement la médecine, ça n’est pas seulement les médicaments, ça n’est pas seulement la chirurgie. C’est aussi tout ce qu’on peut faire à côté pour s’accompagner si j’ose dire dans le quotidien et ça, les médecins aujourd’hui l’ont très bien compris, la Haute Autorité de Santé aussi, puisque dans les recommandations pour la pratique clinique de l’endométriose il est bien spécifié que c’est une alliance thérapeutique entre les traitements hormonaux, dont on a besoin quand même à un moment, les traitements médicamenteux antalgiques notamment, la chirurgie quand il y a un échec des traitements et le soutien des médecines complémentaires. La Haute Autorité de santé va recommander l’ostéopathie, le yoga, la relaxation avec l’hypnose, la sophrologie et l’acupuncture. Nous on oriente aussi vers la kinésithérapie parce que les kinés formés en pelvi-périnéologie peuvent vraiment être un soutien sur les douleurs viscérales sur le petit bassin etc. Et effectivement, la Haute Autorité de Santé dit qu’il n’y a aucune preuve scientifique aujourd’hui, il n’y a pas eu de publication qui montre l’impact de l’alimentation sur l’endométriose, mais toutes celles qui ont essayé l’éviction de certains aliments montrent que ça agit sur l’inflammation et qu’elles sont moins douloureuses. Il y a moins de crise en tout cas et la fréquence des crises diminue en fonction de ce qu’elles mangent, ça c’est vrai. Moi qu’est-ce qui m’a aidé ? Alors la première des choses, l’outil qui m’a vraiment aidé c’est l’hypnose, l’autohypnose puisqu’en me mettant dans un état de conscience modifiée, j’ai appris à gérer la douleur pour éviter qu’elle ne se transforme en souffrance absolue. J’ai appris à reconnaître la douleur, à essayer de la sortir de mon corps. J’utilise aussi beaucoup la neurostimulation électrique, ce petit appareil avec des électrodes qui va donner quelques impulsions électriques, qui va en fait permettre de libérer des endorphines, ça aussi ça m’aide à gérer beaucoup beaucoup de mes douleurs et notamment des douleurs neuropathiques chroniques. Et puis effectivement depuis quelques années l’alimentation. Alors moi le gluten n’a rien changé par exemple, je ne suis pas intolérante au gluten. J’ai voulu essayer une alimentation sans gluten pour voir si ça changeait quelque chose aux douleurs, mais absolument pas. Effectivement une diététicienne m’a expliqué que si de base je n’étais pas intolérante au gluten, il n’y avait aucune raison que ça change quelque chose sur mon ressenti douloureux, donc je continue à manger du gluten et ça ne majore pas mes crises du tout. En revanche, les produits laitiers et notamment à base de lait de vache, là c’est évident que ça va amplifier l’inflammation tout de suite. J’ai essayé de diminuer le café aussi, la viande rouge, essayé tous ces aliments pro inflammatoires de les supprimer un petit peu et c’est vrai que ça m’accompagne aussi dans le quotidien. Je m’accorde quand même des écarts et parfois je le paye mais je le sais et je réajuste en fonction.
Yasmine Candau : C’est vrai que ce que vous disiez c’est très juste et que la médecine, alors je ne vais pas dire alternative, moi j’aime bien utiliser les termes de complémentaire, parce qu’on doit piocher partout en fait et dans ma boîte à il y a plein de petites choses comme ça. On encourage, nous les bénévoles endofrance, on encourage vraiment toutes les personnes souffrant d’endométriose à se constituer cette boîte à outils qui sera très différente pour l’une comme pour l’autre. Ce qui marche pour l’une ne fonctionne pas pour l’autre forcément.
Endométriose : symptômes et préjugés
Laura : Je suis vraiment d’accord, je rebondis avec ce que vous disiez par rapport à votre rapport à l’alimentation et l’endométriose. Je ne prône pas du tout une alimentation rigide, stricte et restrictive. Je pense plutôt qu’il faut apprendre à connaître son corps, connaître ses besoins et arriver à faire une alimentation sur mesure, connaître ses limites et se dire : là je suis prête à franchir la limite parce que au niveau émotionnel j’ai peut-être plus envie d’être dans le partage dans la sociabilité et peut-être me dire que je suis prête et je connais ma douleur et je sais ce que ça va donner. J’ai réussi à comprendre que je fonctionnais par trois repas donc j’ai droit à maximum deux repas inflammatoires, le troisième ce n’est pas possible. Donc la période de Noël où on enchaîne justement les repas est délicate et donc cette année j’ai décidé de ne pas subir. J’ai alterné les repas « inflammatoires » mais tout en ayant ce côté joie de partager. Par contre, on a chacun notre tolérance, il y a tout ce qui est effectivement la caséine qui est inflammatoire, le gluten, il peut y avoir différentes formes aussi de gluten qui est plus ou moins inflammatoire. Si on mange du pain au levain, le gluten est digéré donc il y a pas cette notion de gluten : il y a du gluten dans le pain, mais il a été prédigéré par la fermentation du levain. Le soutien vient aussi dans l’information et donc effectivement c’est ce deuxième grand pilier d’action. On a vu le soutien et en ce qui concerne l’information vous avez parlé de vos ressources, des différents livres que vous avez pu co-écrire avec des scientifiques. J’ai l’impression en tout cas quand on pose le diagnostic que la première information, soit avant le diagnostic ou soit dès qu’on a reçu le diagnostic, va tourner autour de la question des symptômes et des préjugés. Est-ce que vous pourriez rappeler rapidement pour éclairer et donner une information assez succincte, mais en tout cas importante, quels sont les principaux symptômes de l’endométriose et quels sont les préjugés qu’il faudrait casser vis-à-vis de cette endométriose.
Yasmine Candau : Alors le premier préjugé, je l’ai un petit peu abordé tout à l’heure, c’est : « c’est normal d’avoir mal au ventre pendant ses règles ». Alors oui c’est vrai que c’est normal parce que l’utérus pour évacuer la muqueuse qui n’a pas servi à accueillir un embryon, pour évacuer les règles, va se contracter et cette contraction elle est physiologique et elle peut générer des douleurs, mais elle va passer avec un antispasmodique ou un paracétamol, tout simplement. Quand la douleur résiste à ça, quand la douleur nous empêche de poser un pied par terre, nous empêche d’agir dans le quotidien, d’aller au travail, d’aller à l’école, là elle n’est plus normale. On ne peut pas considérer une douleur qui conduit certaines personnes à s’évanouir comme normale. Donc il est vraiment important d’avoir ça en tête et de sortir de ce premier cliché : la douleur est normale. Ensuite, parmi les symptômes, on a dit dans 70 % des cas c’est une douleur invalidante, c’est une douleur qui débute avec les règles sauf que cette douleur elle va ensuite se chroniciser si on ne l’entend pas, si on ne la stoppe pas. Si on n’en trouve pas la cause elle va se chroniciser, surtout si on ne fait rien pour la stopper. Donc au début on a mal que pendant les règles, mais ensuite on a mal un petit peu avant, un petit peu après, puis il y a des personnes qui me disent : moi j’ai mal 20-25 jours par mois. Donc c’est très variable selon la forme d’endométriose, selon la localisation des lésions, mais généralement la douleur prend beaucoup de place et débute avec des règles extrêmement douloureuses. Il y a des signes associés c’est-à-dire qui, quand on a une atteinte digestive ou une atteinte à proximité des intestins, du colon, du rectum, on va avoir des troubles digestifs, une alternance diarrhée, constipation, par exemple, et notamment pendant les règles. On va avoir aussi des troubles urinaires, on va avoir une sensation de faire des infections urinaire à répétition, mais quand on fait un examen d’urine il est normal, il n’y a pas de bactérie. Ce qui est logique puisqu’on a une lésion d’endométriose qui vient irriter la vessie, qui peut même générer du sang dans les urines puisque pendant les règles la lésion va saigner et générer du sang dans les urines. Si on ne fait pas le lien, ça s’amplifie avec les règles, on peut traîner ça longtemps. Il y a aussi d’autres symptômes qui vont être la fatigue chronique, à force l’organisme doit lutter en permanence pour gérer cette douleur. La douleur elle n’a pas de répits, bien souvent elle réveille la nuit, elle empêche de dormir correctement on n’a pas un sommeil réparateur. Les personnes atteintes d’endométriose sont fatiguées chroniquement, ça c’est quelque chose d’important. Et puis il va y avoir aussi cette infertilité qui va conduire dans 40 % des cas à la découverte de l’endométriose. Bien souvent quand elles arrêtent leur contraception qui masque les symptômes de l’endométriose, là l’endométriose se révèle et donc c’est là qu’on peut s’apercevoir qu’il y a, dans le cadre d’un bilan de fertilité, une endométriose associée. Il y a aussi des douleurs pendant les rapports qui arrivent chez de nombreuses femmes. C’est quelque chose à avoir en tête aussi et on ne doit pas considérer que c’est une douleur normale. J’ai entendu beaucoup de femmes me dire : « oui j’ai fini par aller chez le psy sur les conseils de mon médecin, il m’a dit que c’est parce que je n’aimais pas mon copain que j’avais mal pendant les rapports ». Non, la douleur, elle n’est pas dans la tête, elle a une base dans le corps. Donc ça, ce sont les symptômes les plus communs, les plus courants avec l’endométriose. Quand on a une atteinte diaphragmatique par exemple on peut avoir mal au niveau de l’épaule droite. Pourquoi l’épaule droite, pourquoi l’épaule ? Parce qu’il y a un nerf qui s’appelle le nerf phrénique, qui passe tout près de l’omoplate et une lésion d’endométriose qui va se poser sur la zone du diaphragme va emprunter ce nerf pour amener le message douloureux au cerveau, pour dire que quelque chose ne va pas dans la zone. Sauf que ça fait mal dans l’omoplate, dans l’épaule. Donc quand on va aller voir le médecin on va dire : oh là là, je ne sais pas ce que j’ai, j’ai mal à l’épaule. Pourtant je n’ai rien fait. On va faire une radio, il n’y a rien de cassé. On va regarder les ligaments, non tout va bien, faire quelques séances de kiné, mais la douleur ne s’en ira pas parce que ce n’est pas l’épaule qui a un problème c’est une douleur projetée répercutée. C’est la douleur qui emprunte ce nerf là.
Laura : C’est ces fameuses douleurs neuropathiques ?
Yasmina Candau : par exemple voilà, donc de ce fait il faut trouver quelqu’un qui connaisse l’endométriose, qui va dire : « mais vous avez mal depuis quand et à quel moment ça a débuté, ça a débuté le mois dernier quand j’avais mes règles, ça me faisait mal aussi et puis là aussi j’ai mes règles en fait ». Il faut faire le lien, ce n’est pas évident de se dire ça et donc il y a des symptômes qui peuvent aller encore plus loin c’est-à-dire qu’on peut finir par faire des pneumothorax des hémothorax parce que le diaphragme qui ne fonctionne plus correctement est gêné par cette lésion d’endométriose. Donc ça, c’est dans des cas rares heureusement, mais ça arrive et la base c’est un problème lié aux règles, donc c’est compliqué.
Endométriose, association endofrance – le troisième pilier : agir
Laura : On voit vraiment l’importance d’être informée, d’avoir ce panel de possibilités, de se dire « ah ben ça pourrait peut-être cette piste, être l’endométriose » et donc pour ça il faut également que les scientifiques, les médecins soient informés parce que c’est finalement une maladie systémique, mais qui va toucher toutes les sphères du corps. C’est vraiment, j’ai l’impression, un dialogue aussi entre les médecins qu’il faut essayer de rétablir. On parlait de complémentarité entre médecine alternative et médecine conventionnelle, mais j’ai l’impression aussi qu’au sein même des spécialistes, des médecins, il faudrait également que ce dialogue puisse se faire pour pouvoir avoir un soin global.
Yasmine Candau : Tout à fait et là je vais rebondir sur la troisième mission d’endofrance : agir. C’est agir avec les professionnels de santé et les pouvoirs publics pour améliorer le parcours de soin. En fait, dès 2003 l’association a commencé à solliciter les pouvoirs publics. Il y avait toujours les mêmes demandes. C’était construire une campagne de communication à grande échelle pour informer le public, c’était mettre en place des centres d’expertise dédiés à l’endométriose pour pouvoir prendre en charge les femmes et les personnes menstruées atteintes et la troisième c’était améliorer, adapter la formation des professionnels de santé parce qu’on se rendait bien compte que quand on décrivait nos symptômes à un médecin il nous disait non je ne vois pas ce que c’est. Donc ça, c’était en 2003. Il aura fallu attendre 2020 pour qu’un décret intègre l’endométriose dans les études médicales de second cycle et ça veut dire qu’il faudra attendre maintenant quelques années encore pour que ces médecins s’installent et puissent effectivement être efficaces en matière de diagnostic de l’endométriose. En attendant, on a dit au gouvernement, mais il faut agir pour les professionnels qui sont en exercice à l’heure actuelle. Ceux qui continuent à penser que l’endométriose est une maladie à la mode et que tout le monde veut avoir de l’endométriose. Ceux qui continuent à penser que c’est normal d’avoir mal au ventre quand on a ses règles. Ceux qui vont dire à une jeune fille « mais vous êtes trop jeune pour avoir de l’endométriose » ou alors à une dame « mais vous avez eu un enfant donc ça ne peut pas être de l’endométriose ». Tout ça, on va y arriver petit à petit grâce aussi à la stratégie nationale de lutte contre l’endométriose, qui a été annoncée en janvier 2022, pour laquelle on a beaucoup travaillé avec les professionnels de santé, les équipes ministérielles, les associations, pour justement définir tout ce dont on avait besoin pour que la prise en charge de l’endométriose soit la plus efficace possible, la plus efficiente possible, adaptée à chaque cas et qu’elle permette une meilleure prise en charge sur tout le territoire français.
Laura : L’endométriose on l’a dit et le gouvernement le dit aussi, c’est un sujet de santé publique avec ce fameux plan national de lutte contre l’endométriose. C’est une maladie malheureusement qui est aussi invisible et ça concerne toutes les sphères de la vie des femmes, que ce soit au niveau personnel, dans la vie de couple, mais aussi professionnelle. Si on fait un zoom sur l’actualité récente en février 2024 le Sénat a rejeté une proposition de loi sur le congé menstruel et donc j’en viens à la question sur travailler avec une endométriose. C’est quelque chose qui peut être très handicapant. Quelles sont vos actions, on est dans le pilier agir, quelles sont vos actions en lien avec le monde de l’entreprise ?
Yasmine Candau : Depuis 2019 nous avons commencé à intervenir dans les entreprises et collectivités pour sensibiliser à la fois les salariés et les managers sur l’impact de l’endométriose sur le quotidien et notamment le quotidien professionnel. On pense vraiment que la sensibilisation va amener quelque chose d’important parce que la maladie est tellement méconnue, c’est-à-dire que même si aujourd’hui tout le monde connaît le mot endométriose, on ne sait pas exactement ce qui se cache derrière, quel est l’impact, quelles sont les conséquences de cette maladie et notre objectif en intervenant c’est déjà d’expliquer tout ça, cet impact sur le quotidien, mais aussi de mettre en avant des pistes qui vont permettre de favoriser le maintien dans l’emploi des personnes atteintes d’endométriose. Parce que c’est important aussi, les femmes atteintes d’endométriose, les personnes menstruées atteintes d’endométriose veulent travailler, mais elles ont des difficultés réelles pour le faire. Il y a certains métiers qui sont très physiques qu’elles ne peuvent plus exercer et puis parfois il suffit de petites choses qui vont les aider à tenir une journée entière de travail sans devoir partir en plein milieu de la journée pour rentrer chez elle parce qu’il y a la crise d’endométriose qui est là. C’est tout ça qu’on essaie d’expliquer, ça fonctionne plutôt bien et on a à ce titre rédigé le livre blanc endométriose et emploi que nous diffusons avec Kerialis. C’est une mutuelle qui a pour particularité d’avoir quasiment 80 % d’adhérentes féminines et donc ensemble on diffuse ce livre blanc et ce livre blanc est présenté dans chaque sensibilisation en entreprise. Il a été relu par une avocate en droit du travail, donc ça donne des pistes aux employeurs pour aider les personnes atteintes à se maintenir dans l’emploi. Et puis le dernier né aussi pour nous aider comme support, comme vecteur d’information c’est le serious game Endo’travail. C’est un jeu pédagogique et informatif qui va permettre de se glisser dans la peau de Catherine qui est atteinte d’endométriose, qui reçoit un SMS de rappel : « rendez-vous IRM à 16h » et puis dans le même temps elle reçoit un mail de son manager : « réunion importante à 16h tout le monde dans mon bureau ». Qu’est-ce qu’elle va choisir ? Est-ce qu’elle va privilégier sa santé ou son travail ? Et en fonction des choix qu’elle fait, on voit les conséquences que ça va avoir, les réactions du manager et puis le rôle important des services de prévention et de santé du travail aussi.

Laura : On voit à quel point l’information doit être diffusée et pas uniquement aux personnes atteintes d’endométriose, mais également à toutes les personnes qui gravitent autour. Les professionnels, on l’a dit, mais il y a aussi la question des conjoints. J’ai vu que récemment vous aviez un nouveau parrain, Thomas Ramos, qui est joueur de l’équipe de France de rugby et qui est conjoint d’une patiente atteinte d’endométriose. Quelle est votre stratégie pour également agir et avoir un impact sur les conjoints justement des « endogirls » comme on dit.
Yasmine Candau : Alors nous on n’aime pas ce terme d’endogirl parce que c’est vraiment coller une étiquette et on est autre chose que ça. Même si effectivement la maladie est compliquée, il ne faut surtout pas laisser la maladie nous définir. Thomas, il nous a contacté effectivement en nous disant : « je viens de réaliser à quel point l’endométriose pouvait être impactante sur mon couple, je viens de réaliser aussi comment c’était difficile pour des milliers de femmes, des millions de femmes même en France, j’ai envie d’agir à vos côtés parce que les conjoints et les conjointes ont un rôle à jouer dans cette pathologie ». On a trouvé ça très touchant, c’est lui vraiment qui s’est tourné vers nous, nous on n’y avait pas pensé et du coup on a dit « mais oui bien sûr, vous allez être le porte-parole des conjoints et des conjointes » et c’est comme ça qu’il est à nos côtés depuis 4-5 ans maintenant et qu’il nous accompagne. Dernièrement, on a signé une convention de partenariat avec la Fédération Française de rugby, Thomas était là aussi et l’objectif c’est justement d’apporter de la sensibilisation, d’abord sur le sport santé parce que faire du sport c’est bon pour la santé de manière générale, mais c’est aussi bon dans l’endométriose. Et puis surtout, d’aller sensibiliser les équipes féminines, les éducateurs, les éducatrices sur l’endométriose de façon à ce qu’ils sachent aussi comment réagir face à une joueuse qui se plaindrait de douleur pendant les règles.
Les actions d’endofrance dans les collèges et lycées
Laura : On voit que, on l’a dit, qu’il est important de faire de la prévention, à la fois auprès des filles, mais également les garçons. J’ai vu que vous aviez reçu très récemment, le 8 janvier 2024, la reconnaissance du ministère de l’Éducation nationale et que vous interveniez déjà dans les classes depuis 2016. Quelle est votre action justement pour éduquer à l’endométriose à la fois auprès des filles et des garçons et peut-être des plus jeunes aux plus grands ? Qu’elles sont les différents types de façons de prévenir l’endométriose dans les classes ?
Yasmine Candau : Effectivement, cet agrément de l’éducation nationale vient un petit peu légitimer l’action que nous menions depuis 2016 parce que ça nous semblait important de pouvoir informer les jeunes des potentiels signes que peut cacher une endométriose et qui ne doivent pas être considérés comme normaux. On a aussi une action en parallèle auprès des infirmières scolaires, on intervient dans leur formation au côté de médecins pour expliquer comment nous on peut jouer notre rôle associatif auprès des plus jeunes et comment surtout on va ramener un petit peu de crédibilité, si j’ose dire, ou de messages justes et scientifiquement validés dans toute cette manne d’informations qu’est internet, les réseaux sociaux, où on peut avoir tout et son contraire et où il est difficile d’avoir l’information la plus fiable possible. On intervient dans la formation des infirmières scolaires aussi parce qu’on est persuadé qu’elles sont une porte d’entrée vers un possible diagnostic. Moi, je me souviens, je vais faire un exemple très concret, en 2016 quand on a commencé à former les infirmières scolaires avec un médecin, c’était une gynécologue spécialisée dans l’endométriose, elle leur pose la question : selon vous combien de jeunes filles atteintes d’endométriose vous pouvez voir au cours d’un mois ? Et les infirmières scolaires répondaient : oula, pas beaucoup, d’ailleurs je ne sais même pas si j’en ai vu une dans ma carrière. Et donc le médecin disait : « très bien, je vous fais mon topo et puis à la fin je vous repose la question ».
Et effectivement à la fin du topo les infirmières disaient, « ah mais oui, ça y est unetelle, unetelle, unetelle », parce qu’elles avaient compris que la petite jeune qui vient parce qu’elle a mal au ventre à cause de ses règles c’est pas pour louper le cours de math, mais c’est vraiment parce qu’il y a un problème derrière et aujourd’hui on a de plus en plus de messages de jeunes filles entre 16 et 20 ans qui nous disent : « j’ai super mal au ventre c’est une horreur, mon médecin me dit que ce n’est pas normal, que je suis trop jeune etc. Et ce qui nous a conduits à mener une campagne auprès des infirmières scolaires justement avec une affiche que l’on propose avec le personnage de Clara tiré de la BD L’endométriose de Clara et ce personnage dit : « on n’est pas trop jeune pour avoir de l’endométriose ».
Parce qu’à l’adolescence, on peut déjà avoir des signes très très forts. Alors bien sûr il faut faire attention, il y a ce qu’on appelle les dysménorrhées primaires, c’est-à-dire qu’on peut avoir très mal au ventre sans que ce soit de l’endométriose. Parfois on a mal au ventre parce que les cycles se mettent en place, il peut y avoir plusieurs raisons, ça peut aussi être une autre pathologie comme la congestion pelvienne ou les ovaires polykystiques, mais il y a aussi l’endométriose qui peut dès 16 ou 17 ans, moi-même j’ai commencé terriblement à souffrir à 16 ans, le diagnostic a été posé j’avais 23 ans, donc 7 ans après, mais j’ai connu des années au lycée très compliquées. En tous cas, on ne peut pas ne pas entendre cette douleur et dire qu’elle est normale. C’est vraiment le message que l’on passe quand on intervient dans les sensibilisations auprès des jeunes et aussi auprès des infirmières scolaires qui aujourd’hui nous réclament vraiment des interventions de sensibilisation dans les classes. Pour répondre à votre question, vous parliez des filles mais aussi des garçons. Au départ les infirmières scolaires nous disaient, on a demandé aux garçons d’aller faire une autre activité pendant que vous allez parler règles parce que ça va ricaner. Effectivement, nous on acceptait et puis un jour on leur a dit « mais vous savez, c’est souvent à la fin du lycée qu’on a les premières relations sexuelles, peut-être que les garçons ont des questions et peut-être que c’est bien qu’ils sachent que plus tard dans leur vie de jeune homme, si ils ont une compagne qui a des douleurs pendant les rapports, que ça n’est pas de leur faute ni à l’un ni à l’autre, mais qu’il y a peut-être quelque chose à aller creuser ». Les garçons sont venus et on leur a passé des messages et ce sont eux qui posent le plus de questions et souvent ils commencent par nous dire « ah ma mère a de l’endométriose, moi c’est ma sœur qui a de l’endométriose donc je la vois tous les mois, je vois comment elle est, c’est difficile, qu’est-ce que je peux faire pour l’aider », etc. Très souvent on a aussi des garçons qui osent me dire : « ma copine a de l’endométriose, j’ai peur de mal m’y prendre, je ne sais pas quoi faire ». On trouve ça vraiment très très touchant.
Laura : On voit que finalement éduquer les garçons c’est éduquer à avoir un soutien plus tard, un soutien qui partage tout notre quotidien, donc il connait dans l’intimité le panel des douleurs et des symptômes.
Yasmine Candau : Exactement, ça c’est très important et même dans nos actions on le voit bien, les conjoints viennent et ils s’interrogent.
Endométriose, association endofrance : la formation des médecins
Laura : On a pu voir que vos actions elles sont très larges, elles touchent tous les publics, vos principaux acteurs, avec l’éducation et le gouvernement, les recherches, vous mettez un point d’honneur à ne diffuser que de l’information sourcée, validée scientifiquement, avec votre comité scientifique et vous êtes sur toutes les thématiques. Le mois de mars est un mois très chargé pour endofrance parce qu’on parle de la thématique de l’endométriose, il y a la semaine européenne de la prévention pour l’endométriose début mars, la Journée mondiale de lutte contre l’endométriose sera le 28 mars. Est-ce que vous avez quelque chose à ajouter sur endofrance, l’endométriose et vos prochaines actions ou en tout cas vos prochains chevaux de bataille ? Quelles sont vos actualités à venir ?
Yasmine Candau : Certes il y a le mois de mars qui est très chargé, nous avons organisé quasiment une centaine d’actions partout en France sur le mois de mars, mais l’endométriose c’est toute l’année. C’est pour ça que nos bénévoles ne baissent jamais la garde et qu’on se dit qu’il faut être présent pour du soutien et de la formation tout au long de l’année. C’est pour ça qu’on en arrive à 700 actions chaque année pour informer les différents publics. Notre cheval de bataille depuis 2003 et ça le restera toujours, c’est la formation des médecins, c’est-à-dire qu’une fois que le diagnostic est posé finalement c’est là que tout commence. Quelle va être la prise en charge ? Quel va être le médecin que je vais aller voir qui saura m’aider, m’accompagner dans le quotidien ? C’est ça qui est important. Je parlais tout à l’heure de la formation initiale des médecins qui est adaptée maintenant et qui intègre l’endométriose, ça c’est une bonne chose, la formation continue qui est devenue visible à travers la stratégie puisqu’elle est inscrite dans le dispositif de formation continue des médecins et qu’elle va paraître au plus tard à la fin de l’année 2024 dans le catalogue des formations pour les hospitaliers. Donc ça veut dire que tous les médecins, tous les professionnels qui travaillent à l’hôpital pourront se former sur l’endométriose. Donc ça c’est très bien, mais c’est une démarche volontaire la formation continue et il reste encore des médecins aujourd’hui, on l’entend encore : mon médecin ne m’entend pas, il ne m’écoute pas, quand je lui parle de mes douleurs il balaye ça, pour lui tout est normal. Voilà, ça restera notre cheval de bataille la formation des médecins, la formation des professionnels, parce que même si ça n’était pas de l’endométriose, le fait qu’une femme, qu’une personne menstruée souffre au point de ne pas pouvoir aller travailler, de ne pas pouvoir aller au lycée, ça n’est pas normal et c’est vraiment l’impact sur la qualité de vie qui est dénoncé à travers ça. On a tous le droit d’avoir une qualité de vie correcte malgré une maladie invalidante et nous ce sera toujours notre cheval de bataille : former et sensibiliser les professionnels de santé.
Laura : Ça me fait penser, parce que là je suis en cours de formation auprès du CERDEN, un organisme de formation très pointu scientifiquement en matière de nutrition et justement ils forment des médecins, des kinés, des infirmiers, des pharmaciens ou des personnes comme moi qui n’ont pas un bagage médical, mais qui vont être là pour le volet prévention. La nutrition c’est aussi sous côté en tout cas en terme de volume horaire dans la formation initiale des médecins. On ne parle pas du tout assez de nutrition et c’est encore une fois quelque chose au bon vouloir de celui qui a envie de se former sur ce sujet, s’il se sent concerné. Donc c’est vrai que quand on s’engage, il faut avoir peut-être un lien ou une appétence pour le sujet et j’espère que l’endométriose sera quelque chose de généralisé effectivement et plus un choix personnel du professionnel. On en vient à la fin de cette interview, Yasmine merci beaucoup pour tous ces conseils, toutes ces informations très claires et précises sur l’endométriose, merci pour cet enregistrement et d’avoir pris le temps de partager sur ce sujet. Si on souhaite s’engager et soutenir cette cause quelles sont les différentes possibilités d’entrer en contact avec endofrance, de faire un don, devenir adhérent ou bénévole même à endofrance ? Comment est-ce qu’on peut procéder ?
Yasmine Candau : Tout cela est possible et tout cela est indiqué sur notre site Internet endofrance.org. Vous pouvez effectivement faire un don, il faut savoir que les dons nous les réservons soit à des actions de communication particulières, soit à la recherche, mais c’est majoritairement la recherche depuis 2016. Chaque année on verse entre 50 000 et 70 000 € à la recherche grâce aux dons que nous recevons et depuis 2016 c’est plus de 376 000 € qui ont été versés à différentes équipes médicales qui travaillent tant en recherche clinique que fondamentale. Quand on est atteinte d’endométriose et qu’on a besoin de soutien, on peut devenir adhérente de l’association. Être adhérente c’est une cotisation annuelle de 23 € déductible bien sûr des impôts puisque nous sommes reconnus d’intérêt général et en plus de tout ce que l’on fait pour le grand public de manière générale on offre bien sûr des choses particulières à nos adhérentes. Des chroniques médicales rédigées par des médecins sur des thèmes particuliers, des rendez-vous individuels avec une bénévole en visio pour pouvoir parler de son parcours, de son cas, pour avoir des informations précises, on organise des visios vraiment réservées à nos adhérentes pour être en face à face avec un médecin, hors cadre consultation et pouvoir poser des questions pour mieux comprendre la maladie, les traitements, etc. On leur fait rencontrer des professionnels de santé, des sexologues, des ostéopathes, des kinés avec qui elles vont pouvoir échanger. Et puis elles vont bénéficier effectivement de d’information juridique et scientifique à travers différents médecins qui acceptent de donner de leur temps pour rédiger des articles.
C’est vrai aussi qu’on est toujours à la recherche de bénévoles impliquées qui ont envie de donner de leur temps. Alors ça prend beaucoup de temps mais c’est vrai qu’on en a besoin parce qu’on est de plus en plus sollicitées.
Laura : J’imagine et avec le podcasthon, le principe c’est de mettre en avant les associations. J’espère que vous aurez un retour, donc n’hésitez pas à faire un don, à adhérer à endofrance et si vous voulez faire un tour et un zoom sur l’alimentation et l’émotion ça se passe aussi sur le site madame-shhitake.com. Merci beaucoup et j’étais enchantée et ravie de partager ce moment avec vous pour discuter de ces sujets.
Yasmine Candau : Merci beaucoup, merci à vous pour cette invitation.
👉🏼 Ce que vous allez trouver dans cet épisode :
– (2’40) Qui est Yasmine Candau et qu’est-ce que l’endométriose ?
– (7’30) Présentation de l’association Endofrance
– (10’) L’importance du soutien quand on est atteinte d’endométriose
– (15’55) Ma boîte à outils pour soulager mon endométriose profonde
– (17’15) Les médecines complémentaires pour soulager les douleurs et la place de l’alimentation anti inflammatoire dans le quotidien
– (22’45) Les principaux symptômes de l’endométriose et les préjugés associés
– (31’20) Endofrance sensibilise au sein des entreprises
-(34’30) Le rôle des conjoints et conjointes dans la pathologie
-(36’30) Endofrance et l’éducation nationale : intervenir auprès des plus jeunes et des infirmier.e.s scolaires
-(41’50) Le cheval de bataille d’endofrance : la formation des professionnels
-(45’15) Comment s’engager auprès d’endofrance
Pour soutenir Endofrance par vos dons ou si vous souhaitez devenir bénévole, rendez-vous sur le site d’Endofrance. Pour le reste, comme d’habitude, soutenez le podcast en lui donnant de belles étoiles et en commentant.
Un grand merci,
Laura.
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Musique : Ilya Marfin




Merci pour cette interview ! Soutien aux femmes qui sont victimes d’endométriose. J’ai la chance de n’avoir jamais eu la moindre douleur lors de mes règles. Mais quand j’étais ado, j’avais des copines qui avaient très très mal, et jamais on nous avait parlé d’endométriose. J’ai entendu parler de cette maladie il y a seulement quelques années. C’est super qu’il y ait maintenant de la prévention, aussi bien pour les filles que pour les garçons.